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Un français, plusieurs publics : Québec et Francophonie — Reconnu
C4 · Reconnu

Un français, plusieurs publics : Québec et Francophonie

En une vingtaine de minutes, vous apprenez à écrire pour un public mixte sans confondre variante et faute : des mots qui changent de sens d’un pays à l’autre, la place réelle du français dans le monde et au Canada, et le registre qui convient quand on ne connaît pas toutes les personnes qui vous lisent. Trois questions pour commencer, quatre courtes capsules, une mise en situation et une vérification : le tout se suit sur un téléphone, pendant une pause.

19 min · 4 capsules · quiz (seuil 80 %)

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Capsules

  1. 1

    Des mots qui n’ont pas le même sens partout

    2 min
    Capsule vidéo en tournage

    Des mots qui n’ont pas le même sens partout

    Un mot correct dans un pays peut dérouter dans un autre : repas, dates, nombres et vocabulaire courant varient d’une variante du français à l’autre.

    Lire la capsule (transcription)

    Fanny organise les événements d’un OBNL de Gatineau. Elle invite une conférencière de Lyon, et le programme annonce « déjeuner offert à 7 h 30 ». La conférencière se demande quel repas on sert à cette heure-là. En France, le déjeuner est le repas du midi. Au Québec, c’est celui du matin. Voici l’idée centrale : un mot correct dans un pays peut dérouter dans un autre, et c’est une affaire de public, pas de faute.

    Premier élément : les repas. Au Québec, comme en Belgique et en Suisse, on déjeune le matin, on dîne le midi et on soupe le soir. En France, on déjeune à midi et on dîne le soir. Le souper y désigne plutôt un repas léger et tardif. Pour un public mixte, l’heure règle tout : « dîner (12 h) ».

    Deuxième élément : les chiffres. L’OQLF recommande de noter la date dans l’ordre année, mois, jour, avec des traits d’union : 2027-03-04. La forme 04/03/27 se lit de deux façons selon la culture. Attention aussi au mot « billion ». En français, un billion vaut mille milliards. En anglais, billion veut dire milliard. Une traduction financière mal vérifiée peut donc multiplier un montant par mille.

    Troisième élément : le vocabulaire courant. Le mot courriel est recommandé par l’OQLF, et la France le recommande aussi. Au Québec, on dit fin de semaine, alors que week-end est généralisé en France. L’OQLF propose infonuagique; la France dit informatique en nuage. Et septante, en Belgique et en Suisse, veut dire soixante-dix.

    Le piège émotionnel, c’est la certitude : « Le français de France est le bon. » L’Organisation internationale de la Francophonie, l’OIF, décrit plutôt un français pluricentrique. Des normes locales existent aux côtés de la norme de Paris, dont celles du Québec, de la Belgique et de la Suisse. Votre geste : quand le public est mixte, ajoutez l’heure, la date en toutes lettres ou l’équivalent entre parenthèses.

    À retenir : un mot peut être juste ici et trompeur ailleurs. Précisez quand vous ne connaissez pas tout votre public.

    • Déjeuner, dîner et souper ne désignent pas les mêmes repas au Québec et en France.
    • L’OQLF recommande l’ordre année-mois-jour pour les dates; en français, billion vaut mille milliards.
    • Courriel, fin de semaine et infonuagique sont des termes québécois; la France dit week-end et informatique en nuage.
    • Pour un public mixte, on précise l’heure, la date ou l’équivalent entre parenthèses.
  2. 2

    Le français dans le monde

    2 min
    Capsule vidéo en tournage

    Le français dans le monde

    Pour écrire à un public francophone, il faut savoir où il se trouve : selon l’OIF, 396 millions de personnes, dont 65 % en Afrique.

    Lire la capsule (transcription)

    Une entreprise de Sherbrooke exporte vers l’Afrique de l’Ouest et prépare son dépliant. Le directeur tranche : « Nos clients sont en Europe, on écrit pour la France. » Sa coordonnatrice, Awa, le reprend avec douceur : la majorité des francophones ne vivent pas en Europe. Voici l’idée centrale : avant de choisir un ton, il faut savoir où se trouve le public réel.

    Premier élément : le nombre. Selon le rapport 2026 de l’OIF, le monde compte 396 millions de francophones. Attention : une part de la hausse depuis le rapport précédent vient d’un changement de méthode de calcul, qui ajoute désormais les enfants scolarisés en français. Écrire « le français a bondi » sans cette précision serait inexact.

    Deuxième élément : le lieu. Selon le même rapport, 65 % des francophones vivent en Afrique. Les projections de l’OIF voient cette part grandir encore d’ici 2050. Pour l’entreprise d’Awa, écrire « pour la France » revient donc à viser à côté de son public réel. Cela change les exemples, le ton et même les images choisies pour le dépliant.

    Troisième élément : la place du Québec. Le Québec n’est pas un simple observateur de l’OIF. Il en est membre de plein droit, avec le Canada et le Nouveau-Brunswick. L’Ontario et la Nouvelle-Écosse, eux, sont observateurs. Et le vingtième Sommet de la Francophonie se tient les 15 et 16 novembre 2026, à Phnom Penh, au Cambodge.

    Le piège de la confiance excessive dans un chiffre sonne ainsi : « On dit que le français progresse. » On dit… selon qui? Nommez la source et l’année, comme dans « selon l’OIF, en 2026 ». Un chiffre sans source ressemble à une rumeur, même s’il est juste.

    À retenir : le français se parle surtout en Afrique, le Québec siège à l’OIF, et tout chiffre se cite avec sa source.

    • Selon le rapport 2026 de l’OIF, le monde compte 396 millions de francophones.
    • Une partie de la hausse récente vient d’un changement de méthode de calcul : on la cite avec cette nuance.
    • Selon le même rapport, 65 % des francophones vivent en Afrique.
    • Le Québec est membre de plein droit de l’OIF, et non simple observateur.
  3. 3

    Le français au Canada

    2 min
    Capsule vidéo en tournage

    Le français au Canada

    Hors Québec, le français vit en communauté minoritaire : près de 1,1 million de personnes le parlent à la maison, et 18 % des Canadiens sont bilingues.

    Lire la capsule (transcription)

    Une agence de traduction de Montréal prépare une campagne pour un client pancanadien. Le chargé de projet lance : « Hors Québec, il n’y a presque plus personne en français. » Il se trompe. Voici l’idée centrale : le français vit hors Québec, en communauté minoritaire, et ce public mérite des textes soignés.

    Premier élément : les chiffres. Au recensement de 2021, près de 1,1 million de personnes parlaient français à la maison au moins régulièrement hors Québec, selon Statistique Canada. Ce n’est pas négligeable. Mais le nombre de personnes qui le parlent surtout à la maison a diminué depuis 2016. Ni négligeable, donc, ni stable.

    Deuxième élément : le bilinguisme. Selon la même source, environ 18 % des Canadiens se disent bilingues français-anglais. La proportion est bien plus élevée au Québec et bien plus basse ailleurs. « Le Canada est bilingue » est donc une phrase à manier avec prudence. On ne suppose pas qu’une personne lira les deux langues.

    Troisième élément : les lois. La Loi sur les langues officielles a été modernisée en juin 2023. Elle crée aussi un régime pour des entreprises privées de compétence fédérale, comme les banques, le transport interprovincial et les télécommunications. Un projet de règlement a été publié à l’été 2026. Savoir ce qui s’applique à votre entreprise est une question pour une personne juriste.

    Pour un public hors Québec, ne supposez pas que votre vocabulaire passe partout. Le Bureau de la traduction du Canada offre le Portail linguistique du Canada et TERMIUM Plus, la banque terminologique du gouvernement fédéral. Vérifiez vos termes dans la BDL et dans TERMIUM Plus. Le 25 septembre, l’Ontario souligne d’ailleurs le Jour des Franco-Ontariens, un rappel que ces communautés existent et s’affichent.

    À retenir : près de 1,1 million de personnes parlent français à la maison hors Québec. On ne les oublie pas, et on ne suppose rien.

    • Hors Québec, près de 1,1 million de personnes parlent français à la maison au moins régulièrement (recensement de 2021).
    • Environ 18 % des Canadiens se disent bilingues français-anglais : on ne suppose pas le bilinguisme.
    • La loi de 2023 sur les langues officielles crée un régime pour les entreprises privées de compétence fédérale; la portée précise relève d’une personne juriste.
    • Pour un public pancanadien, on vérifie les termes dans la BDL et dans TERMIUM Plus.
  4. 4

    Variante ou faute?

    2 min
    Capsule vidéo en tournage

    Variante ou faute?

    Une variante n’est pas une faute : avant de corriger, on vérifie dans la BDL et le GDT, on vouvoie dans le doute et on relit ce que l’IA écrit en français québécois.

    Lire la capsule (transcription)

    À l’agence de traduction de Montréal, Julien vient d’arriver de Paris. Il relit un texte de Québec et remplace « magasiner » par « faire du shopping », qu’il juge plus correct. C’est l’inverse. Selon l’OQLF, magasiner est généralisé au Québec depuis le début des années 1900, et « faire du shopping » y est déconseillé. Voici l’idée centrale : une variante n’est pas une faute, et avant de corriger, on vérifie.

    Premier élément : vérifier avant de corriger. La question n’est pas « est-ce que ça sonne bien? », mais « qu’en dit la référence? ». Dans la Banque de dépannage linguistique, la BDL, et dans le Grand dictionnaire terminologique, le GDT, des mots comme livrable, contacter et finaliser sont acceptés. À l’inverse, supporter au sens d’appuyer est déconseillé. Ni « tout ce qui sonne québécois est fautif », ni l’inverse.

    Deuxième élément : le registre. Au Québec, tutoyer dès la première rencontre est beaucoup plus fréquent qu’ailleurs, où cela peut sembler une familiarité déplacée. Dans le doute, on vouvoie jusqu’à ce que la question soit abordée. De même, « bonjour » pour prendre congé est courant ici, mais familier. Dans un appel professionnel, on préfère « au revoir ».

    Troisième élément : les variétés locales. En Afrique francophone, le nouchi en Côte d’Ivoire, le camfranglais au Cameroun ou le frangache à Madagascar sont souvent perçus à tort comme des écarts. L’OIF met en garde contre la glottophobie, c’est-à-dire le mépris envers des façons de parler. Pour un texte destiné à tous, on choisit une forme claire, comprise partout.

    Le piège de la confiance excessive dans l’outil : « Demande à l’IA d’écrire en français québécois. » Les tests publiés montrent que la majorité des modèles testés font moins bien sur les expressions québécoises. Relisez avec la BDL ou TERMIUM Plus, et ne promettez pas une qualité que personne n’a mesurée.

    À retenir : on vérifie avant de corriger, on vouvoie dans le doute, et on relit ce qu’une IA écrit en français québécois.

    • Avant de corriger un mot, on consulte la BDL ou le GDT plutôt que de se fier à l’oreille.
    • Au Québec, le tutoiement d’emblée est fréquent; ailleurs il peut sembler familier, donc on vouvoie jusqu’à ce que la question soit abordée.
    • Les variétés locales, en Afrique francophone notamment, ne sont pas des écarts à corriger.
    • Un texte rédigé par une IA en français québécois se relit toujours avec les références.

Un dépliant pour deux publics

Vous êtes responsable des communications d’une entreprise exportatrice de Trois-Rivières. Elle vend au Québec, en France et en Afrique de l’Ouest. Le dépliant du prochain salon est en préparation. Il annonce un repas d’accueil, mentionne un montant et sera relu par un nouveau collègue arrivé de Paris.

Un français, plusieurs publics : l’essentiel

Mots, formats et chiffres

  • Repas : au Québec, déjeuner = matin, dîner = midi, souper = soir; en France, déjeuner = midi, dîner = soir. Précisez l’heure.
  • Dates : l’OQLF recommande année-mois-jour (2027-03-04); 04/03/27 est ambigu. Billion français = mille milliards.
  • Vocabulaire : courriel (aussi recommandé en France), fin de semaine (QC) / week-end (FR), infonuagique (QC) / informatique en nuage (FR).
  • Chiffres : selon l’OIF (2026), 396 millions de francophones, dont 65 % en Afrique; hausse en partie due à un changement de méthode.

Canada, registre et vérification

  • Hors Québec : près de 1,1 million de personnes parlent français à la maison; environ 18 % des Canadiens sont bilingues (Statistique Canada, 2021).
  • Le Québec est membre de plein droit de l’OIF; l’Ontario et la Nouvelle-Écosse sont observateurs.
  • Vérifier avant de corriger : BDL, GDT, TERMIUM Plus. Magasiner est correct au Québec; supporter (appuyer) est déconseillé.
  • Dans le doute, vouvoyer. Une variété locale n’est pas une faute. Un texte d’IA en français québécois se relit avec les références.

Je précise quand le mot change de sens, je vérifie avant de corriger, je vouvoie dans le doute et je relis ce que l’IA écrit.

En cas de doute : Consultez la Banque de dépannage linguistique de l’OQLF ou TERMIUM Plus. Pour toute question sur une loi, consultez une personne juriste.

Astuces de terrain

1
Précisez, ne tranchez pas

Pour un public mixte, ajoutez l’heure, la date en toutes lettres ou l’équivalent entre parenthèses. Vous évitez les malentendus sans imposer un usage.

2
Nommez la source

Un chiffre sur la Francophonie se cite avec son organisme et son année : « selon l’OIF, en 2026 ». Sans source, il ressemble à une rumeur.

3
Vérifiez avant de corriger

Dix secondes dans la BDL valent mieux qu’une correction à l’oreille, qui peut défaire un texte juste.

Ressources

Quiz