Anglicismes et calques : le français juste au travail
En une vingtaine de minutes, vous apprenez à repérer les anglicismes et les calques les plus courants au travail, à vérifier avant de corriger et à choisir le bon registre selon la personne qui lira. Trois questions pour commencer, quatre courtes capsules, une mise en situation et une vérification : le tout se suit sur un téléphone, pendant une pause.
Capsules
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1
Trois façons d’importer l’anglais
Capsule vidéo en tournageTrois façons d’importer l’anglais
Un anglicisme est une façon de dire copiée de l’anglais alors que le français a déjà la sienne. On en trouve de trois sortes, et on les vérifie avant de les corriger.
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Karim travaille dans une agence de traduction de Montréal. Il reçoit ce courriel : « Le deadline est vendredi, on doit rencontrer nos objectifs et faire du sens avec le client. » Tout le monde comprend. Pourtant, une phrase écrite par une agence de langue devrait donner l’exemple. L’idée centrale : un anglicisme, c’est une façon de dire copiée de l’anglais quand le français a déjà la sienne.
Première sorte : le mot anglais tel quel. « Deadline » se dit date limite, date butoir, échéance ou délai. Le mot est court, il circule partout, mais le français a mieux à offrir.
Deuxième sorte : le mot français qui prend le sens d’un mot anglais. On « rencontre » une personne, pas un objectif. En français, on atteint un objectif, on respecte un délai, on satisfait aux exigences. Le mot est bien français, c’est son emploi qui est copié de l’anglais « to meet ».
Troisième sorte : la tournure copiée. « À l’effet que » se remplace par « voulant que » ou « selon lequel ». « Faire du sens » devient « avoir du sens » ou « être logique ». Ici, ni le mot ni le sens ne sont en cause : c’est la construction de la phrase.
Le piège est double. L’orgueil du métier dit : « Je parle bien, je n’ai pas besoin de vérifier. » La peur dit l’inverse : « Tout ce qui sonne québécois est fautif », ou « tout ce qui sonne québécois est correct ». Les deux mènent à des erreurs. Karim fait autrement : quand il hésite, il cherche. Et quand il voit une tournure douteuse chez un collègue, il la signale avant l’envoi, sans blâme. C’est un service, pas une leçon.
À retenir : trois façons d’importer l’anglais, et un seul réflexe, vérifier.
- Un mot anglais tel quel : « deadline » au lieu de date limite, échéance ou délai.
- Un mot français employé avec le sens d’un mot anglais : « rencontrer un objectif » au lieu d’atteindre un objectif.
- Une tournure copiée de l’anglais : « à l’effet que », « faire du sens ».
- Le geste : quand j’hésite, je vérifie au lieu de corriger de mémoire.
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2
Les pièges du bureau
Capsule vidéo en tournageLes pièges du bureau
Quelques expressions reviennent dans tous les bureaux. On les reconnaît par famille : les expressions toutes faites, les verbes qui changent de sens et les faux amis.
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Nadia, dans un cabinet d’avocats, écrit à sa cliente : « À date, aucune plainte. Nous supportons votre projet. Notre support technique est ouvert durant les heures d’affaires. Ci-joint un chèque au montant de 42,50 $. » Cinq expressions à corriger en quatre phrases. Ce sont des mots de tous les jours, qu’on écrit sans y penser, ce qui les rend faciles à laisser passer. L’idée centrale : on connaît les cas qui reviennent le plus, et on les repère par famille.
Première famille : les expressions toutes faites. « À date » devient « à ce jour » ou « jusqu’à maintenant »; « mettre à date » devient « mettre à jour ». « Heures d’affaires » devient « heures d’ouverture » ou « heures de bureau ». Et un chèque « au montant de 42,50 $ » est tout simplement un chèque de 42,50 $.
Deuxième famille : les verbes qui changent de sens. « Supporter » au sens d’appuyer se dit « appuyer » ou « soutenir »; soutenir une charge ou endurer une situation reste correct. Du coup, « support technique » devient « assistance technique ». On n’« adresse » pas un problème : on l’aborde, on le règle. S’adresser à quelqu’un reste correct. Et « impacter » se remplace par « avoir une incidence sur » ou « toucher ».
Troisième famille : les faux amis. « Éventuellement » veut dire « possiblement », pas « finalement ». Un « agenda » est un carnet; la liste des sujets d’une réunion est l’ordre du jour. Et un délai est un temps accordé, pas un retard. En traduction, ces faux amis piègent les meilleurs, d’où l’intérêt de les connaître.
Nadia ne réécrit pas tout. Elle remplace cinq expressions, relit à voix haute, et son courriel sonne juste.
À retenir : repérer par famille, remplacer par la forme recommandée, et garder les emplois qui restent corrects.
- Expressions toutes faites : « à date » devient à ce jour; « heures d’affaires », heures d’ouverture; « au montant de », de.
- Verbes : « supporter » devient appuyer ou soutenir; « adresser un problème », l’aborder ou le régler; « impacter », avoir une incidence sur.
- « Support technique » devient assistance technique.
- Faux amis : éventuellement n’est pas finalement, agenda n’est pas ordre du jour, délai n’est pas retard.
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3
Vérifier avant de corriger
Capsule vidéo en tournageVérifier avant de corriger
On peut se tromper dans les deux sens : laisser passer un anglicisme, ou condamner une forme correcte. Un geste règle les deux, chercher dans la Vitrine linguistique.
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Louis, dans un OBNL de Gatineau, a corrigé tout le rapport annuel : tous les « suite à », tous les « contacter » et tous les « finaliser ». La directrice demande sur quelle règle il s’appuie. Il ne sait pas. L’idée centrale : on vérifie avant de corriger, parce qu’on peut se tromper dans les deux sens.
Premier élément : où chercher. La Vitrine linguistique, mise en ligne par l’Office québécois de la langue française, réunit la Banque de dépannage linguistique et le Grand dictionnaire terminologique. Une seule recherche couvre les deux, et elle est gratuite. Entrez le mot qui vous fait douter et lisez la fiche en entier. Cela prend une minute.
Deuxième élément : les formes à nuancer. « Suite à votre appel », en introduction d’une lettre commerciale, est acceptable; c’est pour exprimer la cause ou le temps qu’on la déconseille, et on peut dire « pour donner suite à » ou « en réponse à ». « Contacter » est un emprunt acceptable; appeler, joindre ou communiquer avec sont d’autres choix. « Finaliser » est accepté, et le Grand dictionnaire terminologique retient « livrable » à côté de « produit livrable ». Quant à « à la suite de », il est correct au sens d’« après » comme de « à cause de ».
Troisième élément : ce qui sonne québécois n’est pas fautif pour autant. « Magasiner » est correct et généralisé au Québec depuis plus d’un siècle; c’est « faire du shopping » qu’on y déconseille. Louis aurait évité l’erreur en lisant la fiche avant de corriger. Le piège, ici, c’est la confiance excessive dans sa propre oreille, ou dans l’outil : un correcteur automatique ne remplace pas la fiche.
Quand un doute persiste, l’Office offre un formulaire « Nous joindre » pour les questions de langue. Et si votre organisation tient un glossaire, notez-y la décision et le lien vers la fiche.
À retenir : chercher, lire la fiche en entier, puis corriger, ou laisser.
- La Vitrine linguistique de l’Office réunit la Banque de dépannage linguistique et le Grand dictionnaire terminologique.
- On lit la fiche en entier : plusieurs formes ont des emplois acceptés.
- Acceptés ou admis : contacter, finaliser, livrable; « suite à » en introduction de lettre.
- « Magasiner » est correct; « faire du shopping » est déconseillé au Québec.
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Le bon registre pour le bon public
Capsule vidéo en tournageLe bon registre pour le bon public
Le français juste dépend aussi de qui lit. On choisit les mots d’ici ou d’ailleurs, le vouvoiement ou le tutoiement, en pensant au public, et sans traiter une variante en faute.
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Mariama travaille pour une entreprise de Sherbrooke qui vend du matériel agricole au Québec, en France et en Afrique de l’Ouest. Elle écrit à un nouveau client de Lyon : « Bon matin! Envoie-moi un email avant la fin de semaine. » L’idée centrale : le bon français dépend aussi de la personne qui lit.
Premier élément : les mots. L’Office recommande « courriel » depuis la fin des années 1990, et la Commission d’enrichissement de la langue française le recommande aussi en France. On évite donc « email » partout. « Fin de semaine » est la forme du Québec; « week-end » est généralisé en français européen. Pour un public mixte, choisissez la forme que tous comprennent et ne faites pas la leçon à personne. Même chose pour le téléphone : le Grand dictionnaire terminologique donne « cellulaire » et « portable » sans les opposer. Les deux sont corrects.
Deuxième élément : le tu et le vous. Au Québec, tutoyer dès la première rencontre est beaucoup plus fréquent qu’ailleurs. Ailleurs, cela peut sembler une familiarité déplacée. La Banque de dépannage linguistique conseille la prudence : on vouvoie jusqu’à ce que la question soit abordée. À l’écrit professionnel, on écrit « bonjour »; « bon matin » est déconseillé. Au téléphone, dire « bonjour » pour prendre congé est courant ici, mais familier : dans un appel professionnel, on préfère « au revoir ».
Troisième élément : variante n’est pas faute. L’Organisation internationale de la Francophonie décrit le français comme pluricentrique : plusieurs normes locales coexistent. Les variétés locales de l’Afrique francophone, par exemple, sont souvent prises à tort pour des écarts. Une faute, ça se vérifie dans les ouvrages de référence, pas à l’oreille. Un anglicisme déconseillé, lui, se corrige partout.
Mariama récrit : « Bonjour. Pourriez-vous m’envoyer un courriel avant vendredi? »
À retenir : pensez au public, vouvoyez par prudence, et ne confondez pas variante et faute.
- Courriel est recommandé au Québec et aussi en France; « fin de semaine » est la forme d’ici, « week-end » est courant en Europe.
- Tu ou vous : au Québec, le tutoiement dès la première rencontre est plus fréquent qu’ailleurs; par prudence, on vouvoie jusqu’à ce que la question soit abordée.
- À l’écrit professionnel, « bonjour » plutôt que « bon matin ».
- Variante n’est pas faute : le français est pluricentrique.
Le rapport pour les marchés étrangers
Vous êtes responsable des communications d’une entreprise de Sherbrooke qui vend du matériel agricole au Québec, en France et en Afrique de l’Ouest. Vous révisez un rapport destiné aux clients, ainsi que le premier courriel à une cliente de Lyon.
Anglicismes et calques : l’essentiel en une page
À remplacer
- À date : à ce jour, jusqu’à maintenant; mettre à jour. Deadline : date limite, échéance, délai.
- Rencontrer un objectif : atteindre un objectif; respecter un délai; satisfaire aux exigences.
- Supporter : appuyer, soutenir. Support technique : assistance technique. Heures d’affaires : heures d’ouverture.
- Au montant de : de. Adresser un problème : l’aborder, le régler. Impacter : avoir une incidence sur.
À ne pas condamner, à vérifier, à adapter
- Acceptés : contacter, finaliser; livrable est admis; « suite à » en introduction de lettre. Magasiner est correct.
- Faux amis : éventuellement n’est pas finalement; agenda n’est pas ordre du jour; délai n’est pas retard.
- Un doute : Vitrine linguistique de l’OQLF (Banque de dépannage linguistique et Grand dictionnaire terminologique), fiche lue en entier.
- Public mixte : courriel, vouvoiement par prudence, « bonjour » à l’écrit; variante n’est pas faute.
Je repère par famille, je vérifie avant de corriger, je garde ce qui est correct et je pense à la personne qui lit.
En cas de doute : Écrivez à l’Office par le formulaire « Nous joindre » de la Vitrine linguistique. Pour un contrat ou un avis légal, faites valider le sens par une personne juriste.
Astuces de terrain
Notez cinq expressions que vous employez par habitude. Cherchez-les dans la Vitrine linguistique cette semaine; cela prend une quinzaine de minutes en tout.
Quand vous voyez une tournure douteuse, écrivez : « Je me demande si… » et joignez la fiche. La conversation reste légère et la correction se fait avant l’envoi.
Consignez les décisions (garder, remplacer, pourquoi) dans un document partagé. Les mêmes discussions ne reviennent plus.
Ressources
- Banque de dépannage linguistique : emploi de la formule d’introduction « suite à »
- Banque de dépannage linguistique : emploi déconseillé des emprunts « supporter » et « support »
- Banque de dépannage linguistique : emploi et sens de « magasiner » et de « magasinage »
- Banque de dépannage linguistique : contextes d’emploi du vouvoiement et du tutoiement
- Vitrine linguistique de l’OQLF : Banque de dépannage linguistique et Grand dictionnaire terminologique