IA générative : écrire sans se piéger
En une vingtaine de minutes, vous apprenez à vérifier un texte produit avec l’aide d’une intelligence artificielle générative selon le risque, à décider ce qu’on met ou non dans un outil, à assumer ce qu’on publie et à dire d’où vient un texte sans promettre ce que le droit n’a pas tranché. Trois questions pour commencer, quatre courtes capsules, une mise en situation et une vérification : le tout se suit sur un téléphone, pendant une pause.
Capsules
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Une phrase fluide n’est pas une preuve
Capsule vidéo en tournageUne phrase fluide n’est pas une preuve
Un outil d’IA écrit avec aplomb, même quand il invente. On vérifie à la source, avec un effort proportionné au risque du texte.
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Marie-Ève travaille pour une municipalité de la Gaspésie. Elle demande à un outil d’intelligence artificielle générative de rédiger un avis sur la santé et la sécurité au travail. Le texte est impeccable. Il cite la CSST et un article de règlement qui sonne juste. Or la CSST a été fusionnée dans la CNESST, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail. Et l’article n’existe pas. L’idée centrale : une phrase bien tournée n’est pas une preuve.
Premier élément : ce que l’outil invente. Quand il invente un contenu, on parle d’hallucination. Références, citations, noms d’organismes, chiffres, dates : il les invente avec le même aplomb que le vrai. Il existe des cas documentés de rapports et de mémoires contenant des références inventées par IA. Un texte long, bien présenté, signé par une grande organisation, n’est pas exact pour autant.
Deuxième élément : vérifier à la source. Chaque référence, on l’ouvre. Chaque nom de loi ou d’organisme, on le confirme sur un site officiel, comme LégisQuébec pour une loi ou le Registre des entreprises pour une entreprise. Chaque citation, on retrouve l’original. Redemander à l’outil « es-tu sûr? » n’est pas vérifier : c’est interroger la même source. Les vérificateurs de faits, eux, quittent le texte et ouvrent d’autres onglets. On appelle cela la lecture latérale.
Troisième élément : proportionner l’effort. Cinq minutes suffisent souvent, si on cible. Voici la démarche proposée dans ce cours. D’abord, classer le texte : risque faible pour un message interne, moyen pour une infolettre ou une page Web, élevé pour un texte juridique, de santé ou de finance, un communiqué, ou tout texte qui nomme une personne. Ensuite, cibler les chiffres, les dates, les noms propres, les sigles et les citations. Pour un risque élevé, on ajoute un deuxième lecteur humain.
Le piège émotionnel, c’est la confiance excessive : le texte a l’air sérieux, la journée est chargée, on passe. Le geste : quand l’outil me donne une référence, un chiffre ou un nom, je l’ouvre à la source avant de le garder. Si elle n’existe pas, je le signale à mon équipe. C’est une bonne nouvelle, pas une faute : l’erreur n’est pas partie.
À retenir : une phrase fluide n’est pas une preuve.
- Un outil peut inventer références, citations, noms d’organismes, chiffres et dates : c’est ce qu’on appelle une hallucination.
- Vérifier, c’est ouvrir la source primaire, pas redemander à l’outil s’il est sûr de lui.
- La lecture latérale consiste à quitter le texte pour voir ce que disent des sources fiables à son sujet.
- L’effort se proportionne : risque faible, moyen ou élevé, avec un deuxième lecteur humain quand le risque est élevé.
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L’outil écrit, c’est vous qui répondez
Capsule vidéo en tournageL’outil écrit, c’est vous qui répondez
Un agent conversationnel sur votre site, un texte signé de votre nom : l’organisation répond de ce que disent ses outils. « C’est l’IA qui s’est trompée » ne protège personne.
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Un client d’une compagnie aérienne demande à l’agent conversationnel du site comment obtenir un tarif de deuil. L’agent lui donne une information erronée. Plus tard, la compagnie refuse. Elle plaide que l’agent est une entité distincte, responsable de ses propres actes. Le Tribunal de résolution des litiges civils de la Colombie-Britannique, dans l’affaire Moffatt c. Air Canada, en février 2024, rejette cet argument. La compagnie doit payer un peu plus de 800 $. Le montant est petit. Le principe, lui, ne l’est pas : l’organisation répond de ce que dit son outil.
Premier élément : vos outils parlent en votre nom. Si vous mettez un agent conversationnel sur votre site, tout ce qu’il dit sur les prix, les délais et les remboursements, c’est vous qui le dites. Testez-le avant la mise en ligne, avec les questions qui coûtent cher. Puis testez-le encore régulièrement. Et indiquez au client comment joindre une vraie personne.
Deuxième élément : la signature. Au Québec, en octobre 2025, la Cour supérieure a sanctionné de 5 000 $ un plaideur non représenté qui avait déposé des citations et des décisions inexistantes, produites par une IA. Le tribunal a rappelé qu’une personne qui plaide seule doit respecter des normes d’exactitude élevées. Dans une autre affaire, en Colombie-Britannique, une avocate a dû payer personnellement des frais. L’idée est la même partout : la personne qui dépose ou publie répond du texte.
Troisième élément : une culture sans blâme. Votre équipe doit pouvoir dire : « J’ai utilisé l’outil et je ne suis pas sûre de ce passage. » Signaler une erreur avant la publication vaut mieux que la corriger après la plainte. Si l’on punit le doute, les gens cachent l’outil, et plus personne ne vérifie rien.
Le piège porte un nom : « C’est l’IA qui s’est trompée. » Cette phrase ne protège ni la compagnie aérienne, ni le plaideur. Le geste : quand je publie un texte fait avec l’aide d’un outil, je le traite comme si je l’avais écrit seul. Je le relis en conséquence, et je le signe.
À retenir : l’outil écrit, mais c’est moi qui réponds.
- Ce que dit l’agent conversationnel de votre site, c’est vous qui le dites : tarifs, délais, remboursements.
- Dans Moffatt c. Air Canada, l’argument de l’agent « entité distincte » a été rejeté.
- Des plaideurs ont été sanctionnés pour des citations inexistantes produites par une IA.
- Une culture sans blâme : on signale une erreur de texte avant la publication plutôt que de la corriger après la plainte.
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Avant de coller, ce qui sort avec le texte
Capsule vidéo en tournageAvant de coller, ce qui sort avec le texte
Tout ce qu’on colle dans un outil public peut quitter l’organisation. On décide avant : anonymiser, utiliser l’outil approuvé, ou demander.
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Samuel travaille dans une agence de traduction de Montréal. Un client lui a confié un long contrat, avec noms, adresses et montants. Pour aller plus vite, Samuel pense le coller dans un outil gratuit en ligne. Le contrat est confidentiel. L’outil est public. L’idée centrale : ce qu’on colle dans un outil peut quitter l’organisation, alors on décide avant de coller.
Premier élément : ce qui ne va pas dans un outil public. L’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec rappelle que les outils publics ne garantissent pas la confidentialité. Ils peuvent aussi être hébergés hors du Canada. Le Barreau du Québec demande de ne pas y entrer de renseignements protégés par le secret professionnel. Les guides du gouvernement du Canada disent la même chose pour ses employés : pas de renseignements personnels ou sensibles dans un outil que l’organisation ne gère pas.
Deuxième élément : anonymiser. Avant de coller, remplacez les noms par des repères : Client A, Fournisseur B. Retirez les adresses, les numéros et les montants qui ne servent pas à la tâche. Gardez chez vous la table qui relie les repères aux vrais noms. Dans bien des cas, l’outil n’a besoin que du texte, pas de l’identité des personnes.
Troisième élément : un outil approuvé. Demandez à la personne responsable des technologies ou de la protection des renseignements quel outil l’organisation a retenu, et pour quels usages. Pour la traduction, il s’agit d’un outil de traduction reconnu, avec des garanties de confidentialité écrites. L’OTTIAQ demande aussi qu’un contrôle de qualité professionnel accompagne le processus. Pour les renseignements personnels, la position de l’Ordre dépasse la loi, qui exige des mesures de sécurité, un consentement avant toute communication à un tiers et une évaluation avant un transfert hors du Québec (art. 10, 13 et 17). Elle n’interdit pas l’outil en soi.
Le piège émotionnel, c’est le gain de temps : « Juste cette fois. » Son complice : la peur de déranger. On n’ose pas demander si l’outil est permis. Pourtant, une question rapide coûte moins cher qu’une fuite. Le geste : quand je m’apprête à coller un texte, je me demande si on pourrait y reconnaître une personne ou un client. Si oui, j’anonymise ou j’utilise l’outil approuvé. Si je ne sais pas, je demande avant.
À retenir : avant de coller, je me demande ce qui sort avec le texte.
- Les outils publics ne garantissent pas la confidentialité et peuvent être hébergés hors du Canada (OTTIAQ).
- Le Barreau du Québec demande de ne pas y entrer de renseignements protégés par le secret professionnel.
- On anonymise : repères à la place des noms, retrait des adresses, numéros et montants inutiles à la tâche.
- On utilise l’outil approuvé par l’organisation, et on demande quand on ne sait pas.
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Dire d’où vient le texte
Capsule vidéo en tournageDire d’où vient le texte
On dit quel outil a servi, on ne promet pas ce que le droit n’a pas tranché, et on emploie les mots français de l’IA.
Lire la capsule (transcription)
Léa travaille dans une agence de contenu de Trois-Rivières. Elle livre à un client un guide dont l’IA a rédigé une bonne partie. Le client demande : « Est-ce que le texte nous appartient? Et pourquoi personne ne m’a dit que c’était de l’IA? » Léa n’a pas de réponse prête. L’idée centrale : on dit d’où vient un texte, et on ne promet pas ce qu’on ne peut pas garantir.
Premier élément : la transparence. Pour une entreprise privée du Québec, ce cours n’a relevé aucune règle générale d’étiquetage de l’IA. Mais certains cadres en imposent une. La Cour fédérale exige une déclaration depuis mai 2024. La fonction publique fédérale doit nommer l’outil et sa version. Le Conseil de presse du Québec demande d’identifier ce qui est substantiellement généré. Les guides gouvernementaux visent l’administration publique, pas les entreprises, mais ce sont de bons repères. Votre client ou votre diffuseur peut avoir sa propre règle : demandez.
Deuxième élément : la propriété. Au Canada, l’auteur est une personne qui exerce son talent et son jugement. Aucune décision canadienne n’a tranché la titularité d’un contenu généré. Un texte produit sans apport humain substantiel risque donc de n’être pas protégé, et il peut reproduire des passages qui le sont. Léa ne devrait pas promettre l’exclusivité. Elle devrait documenter son apport : ce qu’elle a réécrit, choisi, corrigé. En cas de doute, une personne juriste tranche.
Troisième élément : les mots. L’Office québécois de la langue française a publié un vocabulaire de l’intelligence artificielle de plus de 200 concepts. Servez-vous-en dans vos textes publics. Et relisez la langue du texte généré : des recherches universitaires récentes montrent que beaucoup de modèles s’en tirent moins bien avec le français québécois qu’avec celui de France. Un texte peut sonner juste et employer des expressions qui ne sont pas celles de votre public.
Le piège : « Le texte est généré, donc il est libre. » Ou son contraire : « Personne n’a besoin de savoir. » Les deux vous exposent. Le geste : quand je livre un texte fait avec l’aide d’un outil, je note l’outil, la date et mon apport, et je le dis à la personne qui le reçoit.
À retenir : je dis d’où vient le texte, et je ne promets pas ce que le droit n’a pas tranché.
- Aucune règle générale d’étiquetage n’a été relevée pour une entreprise privée, mais certains cadres en imposent une : Cour fédérale, fonction publique, déontologie journalistique.
- Au Canada, l’auteur est une personne qui exerce talent et jugement; la titularité d’un contenu généré n’est pas tranchée.
- On documente son apport humain et on ne promet pas l’exclusivité d’un texte généré.
- L’OQLF a publié un vocabulaire de l’intelligence artificielle; on relit aussi la langue du texte généré.
Le communiqué de la semaine
Vous coordonnez les communications d’une municipalité de la Gaspésie. Vous préparez avec un outil d’IA un communiqué sur de nouvelles consignes de sécurité au travail pour le personnel municipal. L’avis doit sortir jeudi. Vous avez deux jours, une équipe de trois personnes et un directeur général pressé.
IA générative : écrire sans se piéger, l’essentiel
Avant de publier un texte fait avec l’aide d’une IA
- Classer le texte : risque faible (interne), moyen (infolettre, page Web), élevé (juridique, santé, finance, communiqué, nom de personne).
- Ouvrir chaque référence, confirmer chaque nom de loi ou d’organisme sur un site officiel, retrouver l’original de chaque citation.
- Ne pas redemander à l’outil s’il est sûr : vérifier ailleurs (lecture latérale).
- Risque élevé : deuxième lecteur humain. Noter l’outil utilisé.
Avant de coller, de livrer ou de promettre
- Se demander si on peut reconnaître une personne ou un client dans le texte; anonymiser ou utiliser l’outil approuvé; demander en cas de doute.
- L’organisation répond de ce que disent ses outils, y compris l’agent conversationnel de son site : le tester et le corriger.
- Dire d’où vient le texte : outil, date, apport humain. Ne pas promettre l’exclusivité d’un contenu généré.
- Les guides publics sur l’IA visent l’administration; pour le privé, ce sont des repères, sauf règle de son client ou de son diffuseur.
Une phrase fluide n’est pas une preuve. L’outil écrit, mais c’est moi qui réponds. Avant de coller, ce qui sort. Je dis d’où vient le texte.
En cas de doute : Pour toute situation précise (contrat, droit d’auteur d’un texte généré, renseignements confidentiels), consultez une personne juriste. Ce cours donne des repères généraux, pas un avis juridique.
Astuces de terrain
Classez le texte selon son risque, puis vérifiez seulement ce qui peut coûter cher : chiffres, dates, noms propres, sigles, citations. Le reste se lit normalement.
Faites-lui poser les dix questions qui coûtent cher : prix, délais, remboursements, garanties. Corrigez, puis recommencez tous les trimestres.
Écrivez en une page quels outils sont permis, pour quels textes, et qui répond aux questions. Une règle simple est suivie; une règle compliquée est contournée.
Ressources
- Office québécois de la langue française : vocabulaire de l’intelligence artificielle (communiqué du 7 mai 2026)
- Barreau du Québec : guide sur l’intelligence artificielle générative
- Gouvernement du Canada : guide sur l’utilisation de l’intelligence artificielle générative
- Registraire des entreprises du Québec : accéder au registre des entreprises
- OTTIAQ : avis sur l’intelligence artificielle et la traduction