Vérifier avant de publier
En une vingtaine de minutes, vous apprenez à juger une source sans vous fier à son allure, à remonter au document d’origine, à vérifier un texte en proportion du risque et à traiter citations, chiffres et images avec méthode. Trois questions pour commencer, quatre courtes capsules, une mise en situation et une vérification : le tout se suit sur un téléphone, pendant une pause.
Capsules
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Quittez la page, jugez la source
Capsule vidéo en tournageQuittez la page, jugez la source
Une source ne se juge pas à son allure. On la quitte, on ouvre de nouveaux onglets et on voit ce que des sources fiables en disent.
Lire la capsule (transcription)
Amina travaille aux communications d’une municipalité de la Gaspésie. Le maire veut une statistique pour son mot de bienvenue. Elle en trouve une sur un site au nom d’allure officielle : logo soigné, beaux graphiques, aucune faute. Elle s’apprête à la copier quand une collègue demande : « Qui est derrière ce site? » Amina ne sait pas. Voici l’idée centrale. Une source ne se juge pas sur sa mine. Elle se juge sur ce que d’autres sources fiables en disent.
Premier geste : quitter la page. Les vérificateurs de faits appellent cela la lecture latérale. Au lieu de lire le site de haut en bas, vous ouvrez de nouveaux onglets et vous cherchez son nom. Qui le finance? Qui le cite? Que disent de lui des médias reconnus, des universités, des registres officiels? La section « À propos » du site ne compte pas : c’est le site qui parle de lui-même. Et si personne d’autre ne le connaît, c’est déjà une réponse.
Deuxième geste : s’arrêter avant de partager. Une publication qui vous fait rager, rire ou sursauter est conçue pour voyager vite. Quand l’émotion monte, c’est le moment de ralentir. Le piège porte un nom : « ça a l’air sérieux, donc c’est vrai ». Un beau graphique, un ton assuré et des notes de bas de page ne prouvent rien. N’importe qui peut fabriquer cette allure en une soirée.
Troisième geste : chercher une meilleure couverture. Le fait que vous avez trouvé, est-il rapporté ailleurs? Par une salle de rédaction, un organisme public, une étude publiée? Si le chiffre n’existe que sur un seul site, méfiez-vous. Méfiez-vous aussi quand vous le voyez partout : il peut s’agir d’un seul texte recopié vingt fois. Ce qui compte, ce n’est pas le nombre de pages, mais le nombre de sources indépendantes.
Amina fait l’exercice en deux minutes. Le site n’a ni adresse ni auteur, et personne d’autre ne cite son chiffre. Elle laisse tomber la statistique, et le mot du maire n’en souffre pas. La question de sa collègue n’était pas une attaque. C’était le meilleur service possible avant la publication. Vous n’avez pas à tout vérifier. Mais pour ce qui porte votre nom ou celui de votre organisation, deux minutes d’onglets valent mieux qu’une correction publique.
À retenir : pour juger une source, quittez-la et voyez ce que les autres en disent.
- La lecture latérale consiste à quitter un site inconnu pour voir ce que d’autres sources fiables en disent.
- Un design soigné, un ton sûr et des notes de bas de page se fabriquent facilement : ils ne prouvent rien.
- Une publication qui provoque une forte émotion est un signal de ralentir avant de la partager.
- On cherche une meilleure couverture : le fait est-il rapporté ailleurs, par des sources indépendantes?
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2
Remontez à la source primaire
Capsule vidéo en tournageRemontez à la source primaire
Le premier texte trouvé n’est pas toujours le bon. On remonte au document d’origine : la loi, la décision, le registre, le communiqué de l’organisme.
Lire la capsule (transcription)
Sophie rédige l’infolettre d’un OBNL de Gatineau, un organisme à but non lucratif. Elle y mentionne une règle attribuée à la CSST, la Commission de la santé et de la sécurité du travail, tirée d’un vieil article de blogue. Un lecteur lui répond poliment que la CSST n’existe plus. L’idée centrale : le premier texte qui parle d’un fait n’est pas forcément le bon. Il faut remonter au document d’origine, qu’on appelle la source primaire.
Voyons les trois étages. La source primaire, c’est le texte de loi sur LégisQuébec, le communiqué de l’organisme lui-même, ou une décision de justice sur CanLII, une base publique de décisions, ou sur le site de la SOQUIJ, la Société québécoise d’information juridique. La source secondaire commente : un article de presse, le blogue d’un cabinet. La source tertiaire résume le tout : une synthèse, une encyclopédie. Chaque étage peut déformer ou vieillir. Plus vous montez vers l’origine, moins il y a de déformation.
Premier exemple : un blogue résume une loi. Vous lisez l’article de loi sur LégisQuébec avant de reprendre le résumé. La Cour supérieure du Québec demande d’ailleurs, dans un avis du 28 septembre 2023 sur les outils d’IA, de recouper les références juridiques dans des bases fiables.
Deuxième exemple : le nom d’une entreprise. Le Registraire des entreprises du Québec offre une consultation gratuite. On y trouve le numéro d’entreprise du Québec, l’état d’immatriculation, les noms utilisés et les administrateurs. Pour savoir à qui vous avez affaire, c’est là qu’on vérifie, pas sur le site de l’entreprise ni dans un moteur de recherche.
Troisième exemple : les sigles. La CSST a été fusionnée dans la CNESST, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail. L’Office de la langue française est devenu l’Office québécois de la langue française. Des textes anciens et des sites tiers citent encore l’ancien nom. Avant d’écrire un sigle, confirmez-le sur le site de l’organisme. Sophie corrige son infolettre et remercie son lecteur. Dire qu’on s’est trompée coûte moins cher que de se faire reprendre en public.
À retenir : remontez jusqu’au document d’origine.
- Une source primaire est le document d’origine : texte de loi, décision, registre officiel, communiqué de l’organisme.
- Chaque étage de résumé (article, blogue, synthèse) peut déformer ou périmer l’information.
- Le nom d’une entreprise se vérifie au Registraire des entreprises du Québec, pas sur son site ni dans un moteur de recherche.
- Un sigle n’est pas une identité : il peut avoir changé de sens ou d’organisme.
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Un protocole de cinq minutes, proportionné au risque
Capsule vidéo en tournageUn protocole de cinq minutes, proportionné au risque
On ne vérifie pas tout avec la même intensité. On classe le texte par risque, on cible ce qui peut faire mal et on ouvre chaque référence.
Lire la capsule (transcription)
Yacine travaille dans une agence de traduction à Montréal. Un client attend un état de la question pour demain. Un outil d’IA lui livre un beau texte avec dix références. Yacine en ouvre une, par curiosité. Elle n’existe pas. L’idée centrale : on vérifie en proportion du risque. Voici un protocole de cinq minutes pour un texte courant. C’est la démarche de ce cours, pas une norme officielle.
Étape un : classer le texte. Risque faible, par exemple un message interne sur l’horaire. Risque moyen : une infolettre ou une page de site. Risque élevé : un contenu juridique, de santé ou de finances, un communiqué, tout texte qui nomme une personne. Plus le risque monte, plus la vérification s’alourdit. Le piège inverse existe aussi : tout vérifier avec la même intensité mène à l’épuisement, et on finit par ne plus rien vérifier.
Étape deux : cibler. Tout ne mérite pas le même soin. Cherchez ce qui peut faire mal : chiffres, dates, noms propres, sigles, citations, références. Étape trois : vérifier chaque cible. Une référence, on l’ouvre. Un organisme ou une loi, on le confirme à sa source officielle. Une citation, on retrouve l’original.
Pourquoi ouvrir chaque référence? Parce qu’un texte bien tourné peut être faux. Dans une étude de Walters et Wilder publiée dans la revue Scientific Reports, des chercheurs ont analysé des références produites par deux générations d’un même outil d’IA. Environ 55 % de celles de la première étaient inventées, contre 18 % pour la seconde. Ces taux valent pour ces versions et cette étude, pas pour les outils d’aujourd’hui. Mais ils rappellent que la fluidité d’un texte n’est pas une preuve.
Et si vous redemandiez à l’outil s’il est sûr de lui? Ce n’est pas une vérification : vous interrogez la source même qui s’est peut-être trompée. La vérification passe par une source indépendante. Pour un risque élevé, demandez aussi à une deuxième personne de relire, et notez quel outil d’IA vous avez utilisé. Le piège émotionnel, c’est l’urgence : « Le client attend, ça doit être correct. » C’est justement quand le temps presse qu’il faut cinq minutes. Yacine remplace ses dix références par trois qu’il a ouvertes, et il dit à son client ce qui est confirmé et ce qui reste à voir.
À retenir : classez le risque, ciblez ce qui peut faire mal, ouvrez chaque référence.
- Classer d’abord le texte : risque faible, moyen ou élevé.
- Cibler ce qui peut faire mal : chiffres, dates, noms propres, sigles, citations, références.
- Ouvrir chaque référence; confirmer chaque organisme ou loi à sa source officielle.
- Pour un risque élevé, ajouter un second lecteur et noter l’outil d’IA utilisé.
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Citations, chiffres et images
Capsule vidéo en tournageCitations, chiffres et images
Une citation se retrouve à l’origine, un chiffre se date et se situe, une image se retrace. Quand on se trompe, on corrige vite et sans chercher de coupable.
Lire la capsule (transcription)
Rania, du centre de services de Sherbrooke, prépare un communiqué. Il contient une citation d’un expert, un pourcentage et une photo d’une inondation. Tout vient de collègues pressés, et personne n’a noté d’où. L’idée centrale : chaque pièce a un acte de naissance, et il faut le retrouver. Reprenons les trois.
La citation. Une phrase coupée peut dire l’inverse de ce que l’expert pensait. Retrouvez l’entrevue ou le texte d’origine, relisez la phrase dans son contexte, puis citez exactement. Si vous ne pouvez pas retrouver l’original, ne mettez pas de guillemets. Le chiffre, lui, ne vaut rien sans trois compagnons : sa source, sa date et ce sur quoi il porte. Dix pour cent de quoi? Mesuré quand? Selon qui?
L’image. La recherche d’image inversée consiste à soumettre une photo à un moteur de recherche pour retrouver ses premières apparitions. Rania découvre que sa photo vient d’une autre ville et d’un autre événement. Elle vérifie aussi la légende, la date et le lieu. Un hypertrucage, c’est une image, une voix ou une vidéo fabriquée ou modifiée par IA. L’œil seul ne suffit pas. Cherchez plutôt la première publication et des sources fiables qui confirment l’événement.
Les tribunaux ont déjà dit ce qu’ils pensent des citations non vérifiées. En octobre 2025, dans l’affaire Specter Aviation c. Laprade, la Cour supérieure du Québec a imposé une sanction de 5 000 $ (art. 342 du Code de procédure civile) à une personne qui se représentait seule et qui avait déposé de fausses citations produites par IA. Le tribunal a rappelé qu’on attend un haut niveau d’exactitude, même de quelqu’un sans formation juridique.
Et si une erreur se glisse malgré tout? Le Conseil de presse du Québec demande de corriger les erreurs et d’identifier clairement les contenus substantiellement générés par IA. C’est une règle de déontologie journalistique, pas une loi, mais elle inspire de bonnes pratiques. Rania, elle, a signalé la photo avant l’envoi. On a remercié la collègue qui l’avait fournie. Signaler avant vaut mieux que corriger après la plainte.
À retenir : chaque citation, chaque chiffre et chaque image a une origine. Retrouvez-la avant d’envoyer.
- Une citation se retrouve dans son texte ou son entrevue d’origine, avec son contexte.
- Un chiffre se publie avec sa source, sa date et ce sur quoi il porte.
- Une image se retrace par recherche inversée; un hypertrucage (image, voix ou vidéo fabriquée par IA) ne se repère pas à l’œil seul.
- Signaler une erreur avant la publication vaut mieux que la corriger après la plainte; une correction se fait au grand jour.
Le mot du maire
Vous êtes responsable des communications d’une municipalité en Gaspésie. Le maire veut un communiqué pour annoncer un projet de quai, avec une statistique, un paragraphe rédigé en partie avec un outil d’IA et une citation. L’envoi est prévu en fin d’après-midi.
Vérifier avant de publier : l’essentiel
Juger une source
- Lecture latérale : quitter la page et ouvrir de nouveaux onglets pour voir ce que des sources fiables disent du site ou de l’organisme.
- Une allure soignée ne prouve rien; une forte émotion est un signal de ralentir.
- Chercher une meilleure couverture : plusieurs sources indépendantes, pas plusieurs copies d’un même texte.
- Remonter au document d’origine : texte de loi, décision, registre officiel, communiqué de l’organisme.
Le protocole de cinq minutes
- Classer : risque faible (message interne), moyen (infolettre, site), élevé (juridique, santé, finances, communiqué, nom de personne).
- Cibler : chiffres, dates, noms propres, sigles, citations, références.
- Vérifier : ouvrir chaque référence, confirmer chaque organisme ou loi à sa source, retrouver l’original de chaque citation, retracer chaque image.
- Risque élevé : second lecteur humain; toujours noter l’outil d’IA utilisé. Redemander à l’outil n’est pas une vérification.
Je quitte la source, je remonte à l’origine, je vérifie en proportion du risque et je signale une erreur avant la publication.
En cas de doute : Pour un contenu juridique, de santé ou de finances, faites relire par une personne compétente. Pour une situation précise (plainte, litige), consultez une personne juriste.
Astuces de terrain
Avant de citer un site inconnu, ouvrez deux ou trois onglets sur son nom. Si personne de fiable n’en parle, c’est déjà une réponse.
Collez dans vos notes la liste « classer, cibler, vérifier, second lecteur ». Elle se relit en trente secondes avant chaque envoi.
Quand quelqu’un demande « d’où vient ce chiffre? », remerciez-le. Une équipe qui pose ces questions-là publie moins d’erreurs.
Ressources
- Registraire des entreprises du Québec : accéder au registre des entreprises
- Conseil de presse du Québec : guide de déontologie journalistique (2024)
- Gouvernement du Canada : guide sur l’utilisation de l’intelligence artificielle générative
- Barreau du Québec : guide sur l’intelligence artificielle générative